Izamal est une petiteville
de l'État du Yucatán au
Mexique. Elle se situe à 72 km
à l'est de Mérida.
Izamal a été peuplée
pendant des milliers d'années sans
interruption. Elle comptait en 2000 environ
15 000 habitants.
Elle est connue dans le Yucatán
comme la « ville jaune » car
la plupart des maisons de cette bourgade
coloniale sont recouvertes d'une peinture
de couleur ocre, identique à celle
qui recouvre les murs du couvent Saint
Antoine de Padoue, édifié
face au zocalo. Elle est surnommée
aussi « la ville aux collines »,
en référence à de
probables ruines de pyramides.
Le couvent d'Izamal.
Le couvent franciscain de Saint Antoine
de Padoue est le grand site de pélerinage
du Yucatan. Un culte très populaire
y est rendu à la Vierge dIzamal,
uvre de fray Juan de Aguirre, sculpteur
franciscain, apportée du Guatemala,
en 1558, par Diego de Landa et placée
dans un édifice (Camarín)
situé derrière léglise.
Elle était (et est toujours) très
vénérée, opérant
de nombreux miracles. Elle a été
détruite par un incendie en 1829
et remplacée par la statue actuelle,
qui date aussi du XVIème siècle,
après la reconstruction du Camarin.
Le couvent a été construit
sur une haute plateforme maya appelée
Papolchach maison des chefs,
à partir de 1553, sous limpulsion
de Diego de Landa. Les bâtiments
étaient terminés en 1561.
Les arcades qui entourent l'atrium, les
rampes et larc de triomphe surmontant
lentrée ont été
ajoutés au XVIIème siècle.
Léglise, consacrée
à la Vierge, comporte une nef unique
voûtée. Elle conserve des
peintures murales du XVIème siècle.
Le retable baroque a été
refait après lincendie de
1829. Le vitrail de la façade et
le clocher, muni de son horloge, ont été
ajoutés au XIXème siècle.
Le couvent de Saint Antoine de Padoue
était un centre intellectuel important
au XVIème siècle, abritant
une école pour les indiens ainsi
quun séminaire et un centre
de formation à la langue maya destiné
aux moines venant dEspagne.
Aujourd'hui, c'est aussi un magnifique
site touristique. La beauté de
la ville, toute peinte de jaune, le couvent,
les places, les énormes édifices
mayas qui dominent le plat paysage du
Yucatan, méritent d'y passer du
temps.
Plan du couvent dIzamal
On distingue les trois rampes conduisant
à latrium, de forme irrégulière,
la galerie processionnelle qui en fait
le tour, le cloître et le Camarin
de la Vierge, édifice rectangulaire
adossé à léglise,
accessible par un couloir et un escalier
longeant le chur de léglise.
(Catálogo de construcciones religiosas
del estado de Yucatán, México,
1945)
Les miracles
Diego Lopez de Cogolludo raconte dans
son Histoire du Yucatan les événements
teints de légende qui ont précédé
la construction du couvent :
Diego de Landa est chargé de construire
le couvent d'Izamal
"Bien quil soit définiteur,
le père Fr. Diego de Landa fut
élu au cours de ce chapitre gardien
du couvent dYtzamal, et il fut chargé
de veiller à sa construction, car
jusquà présent il
ny avait que quelques petites maisons
de paille, où habitaient les religieux.
Comme ce bienheureux père avait
déjà résidé
dans ce couvent, il put choisir un emplacement
pour la fondation dès son arrivée.
Afin que le démon fut chassé
par la divine présence du pain
eucharistique, il décida dédifier
le couvent et léglise à
lendroit même où vivaient
les prêtres des idoles, et de transformer
ce lieu dabomination et didolâtrie
en un lieu sanctifié où
les ministres du Dieu véritable
offriraient les divins sacrifices et la
prière due à sa majesté
divine. Cétait une des collines,
qui semblent avoir été faites
ici à la main, nommée Ppappholchac
(Paa Hol Chac) par les indigènes,
ce qui selon le père Lizana veut
dire maison des prêtres des Dieux,
et cest une façon imagée
de parler car ce nom signifie en fait
maison des Chefs et des éclairs,
car les prêtres étaient considérés
comme des seigneurs, prééminents
et supérieurs à tous et
ils pouvaient punir ou récompenser
et étaient obéis aveuglément.
Près dune autre colline,
dédiée à lidole
appelée Kinich Kakmo (Kinich Kak
Moo), il fonda un village quil nomma
San Ildefonso, et à lautre
colline appelée Humpictok (Hun
Pic Tok) (du nom dun capitaine)
où se termine le village dYtzamal,
il donna Saint Antoine de Padoue pour
patron ; il rasa le temple qui sy
trouvait et où était lidole
Kabul (Kauil), puis fonda un village au
nom de Sainte Marie, de façon à
effacer le souvenir de toute cette idolâtrie.
Ayant alors réuni ce qui était
nécessaire pour la construction,
il commença à édifier
léglise et le couvent et
y travailla beaucoup, puisque pour encourager
les indiens à travailler de bon
gré, le bienheureux père
sortait souvent avec eux dans les environs
une hache en mains et coupait le bois
nécessaire à lédifice
; à son exemple, les indiens travaillaient
volontiers et prenaient courage en voyant
leur père spirituel travailler
à leurs côtés."
(Diego López de Cogolludo, Historia
de Yucatán, Livre 5, Chapitre 15)
Izamal : le portique du
monastère
Il rapporte une statue
de la vierge du Guatemala
"Le vénérable père
Fr. Diego de Landa souhaitait attirer
les indiens à notre sainte foi
catholique, par tous les moyens possibles,
et les éloigner du culte idolâtre
dans lequel ils avaient vécu, comme
on la vu, et il voyait aussi combien
le démon était vénéré
dans le village dYtzmal, et à
quoi avait travaillé ce grand homme,
avec les indigènes, au début
de leur conversion : fonder trois villages
sur ce site, dont un consacré à
Sainte Marie. Afin quils sattachent
plus à la dévotion de cette
grande Dame, il convînt avec eux
de leur apporter une de ses statues à
vénérer. La volonté
des indiens coïncidait avec son souhait
et ils réunirent donc la somme
qui paraissait suffisante pour lacheter.
Le père Landa proposa daller
à Guatemala (comme je lai
dit) et comme il y avait dans cette ville
un sculpteur habile qui les faisait, ils
le chargèrent den rapporter
une de là-bas, et les religieux
en demandèrent aussi une autre
pour le couvent de Mérida. On acheta
les deux statues et des indiens les portèrent
à dos dhomme, placées
toutes deux dans une caisse pour quelles
ne sabîment pas. De nombreuses
averses survinrent en chemin, mais il
ne plut jamais sur la caisse des statues,
ni sur les indiens qui les portaient,
ni même dans un cercle de quelques
pas autour de lendroit où
ils se trouvaient. Quand elles parvinrent
à Mérida, les religieux
choisirent pour le couvent de la ville
celle qui leur parut la plus belle de
visage et la plus inspirée."
La statue de la vierge
refuse de quitter Izamal
"Lautre avait bien été
apportée par les indiens dYtzmal
et était destinée à
leur village, mais les habitants de la
ville de Valladolid prétendirent
quelle devait être apportée
au couvent que nous avons là, affirmant
quil nétait pas juste
quelle reste dans un village dindiens.
Les gens dYtzmal, où elle
était déjà parvenue,
résistèrent autant que possible,
mais ne purent éviter quon
ne commençât à mettre
à exécution ce que voulaient
les Espagnols. La Majesté divine
appuya le louable souhait que les indiens
avaient de conserver la statue de sa Très
Sainte Mère ; et de fait, quels
que soient les efforts pour la déplacer,
toutes les forces humaines ne parvinrent
pas à la faire sortir dYtzmal
et on la rapporta donc au couvent du village,
à la grande joie des indiens et
à ladmiration des religieux.
La dévotion des fidèles
pour cette sainte image augmenta à
la vue de ces événements
merveilleux et elle sétendit,
de ces royaumes-ci à ceux dEspagne
; et partout, sur terre comme en mer,
Notre Seigneur a accompli dinnombrables
miracles par son intercession, quand les
fidèles se recommandaient à
elle ; on aurait pu en remplir des volumes,
si on y avait apporté lattention
qui se devait. La plupart ont été
oubliés avec le temps, et même
de ceux qui furent retenus, on ne connaît
ni la date ni les circonstances précises
qui les entouraient. Et je devrai donc
les décrire sans trop de détails
car on ne peut déjà plus
les vérifier. Tels que les écrivit
le père Lizana dans son livre de
dévotion et tels que beaucoup dentre
eux sont peints dans le temple de cette
sainte image."
Elle réalise
un premier miracle
"Quand ils lapportèrent,
ils remplirent la caisse de papiers, pour
quelle ne sabîme pas
avec les cahots du chemin. Etant donné
la dévotion qui sy attachait
déjà, une dame habitant
Mérida possédait quelques-uns
de ces papiers et les conservait avec
vénération. Un de ses serviteurs
indiens tomba dune des hautes terrasses
de la maison, où on travaillait.
Sa chute fut si brutale quon le
crut mort, bien quavec quelques
soins il reprit ses esprits mais il se
retrouva avec un bras et une jambe cassés.
On alla chercher quelquun pour le
soigner mais entre-temps la bonne dame
sortit les papiers et en enveloppa le
bras et la jambe blessés. Quand
le chirurgien arriva, cherchant le dégât
quil devait réparer, elle
lui dit que ce pour quoi on lavait
appelé, lindien, était
sain et sauf, et de fait on le trouva
ainsi, attribuant la guérison à
un miracle de la Vierge Très Sainte
dYtzmal, Dieu ayant donné
un pouvoir surnaturel à ces papiers
qui avaient touché limage
de sa très sainte mère."
(Diego López de Cogolludo, Historia
de Yucatán, Livre 5, Chapitre 2)
Izamal, vu par Antonio
de Ciudad Real (1588) :
"Le jeudi 5 août (1588)
le père commissaire (Fray Alonso
Ponce) vint dire la messe au village
et au couvent dItzmal, où
il y avait une grande foule qui le reçut
avec force musique de flûtes et
hymnes au son de lorgue. Ensuite
les habitants du village et ceux des environs
accoururent avec des offrandes de poules,
diguanes, de tortues, dufs,
de miel, davocats et dautres
fruits, et aucun dentre eux ne voulut
partir avant que le père commissaire
ne leur eut célébré
la messe et donné sa bénédiction,
deux cérémonies pourtant
dont ils étaient coutumiers.
"Ce village est de moyenne importance,
peuplé dindiens mayas, à
lexception dun quartier baptisé
Sainte Marie, où vivent des mexicains
venus avec les espagnols au moment de
la conquête ; ces indiens-là,
et ceux qui habitent par ailleurs à
Valladolid, Mérida et Campeche,
bien quils parlent la langue mexicaine
et lenseignent à leurs enfants,
connaissent aussi la langue maya ; ils
se confessent et on les évangélise
dans cette langue quils maîtrisent
souvent mieux que leur langue natale.
"Il y a dans ce village plusieurs
kúes ou mules, dont un très
élevé, sur lequel on monte
par un escalier de pierre de cent marches
; les cinquante premiers degrés
sont très grands et inégaux
et débouchent sur une place pouvant
contenir beaucoup de monde ; ensuite on
gravit les cinquante autres, qui sont
plus petits et au sommet il y a une petite
place où, dit-on, seul le prêtre
montait autrefois pour offrir le sacrifice
aux idoles. Nos frères construisirent
à cet endroit un ermitage de paille
où ils disaient la messe le jour
de la transfiguration, puisquils
lavaient surnommé le mont
Thabor ; il vint un vent si violent quil
emporta lermitage et quil
ne resta que trois croix sans plus de
maison. Tout ce mul a été
édifié à la main
et il est à présent couvert
darbres et transformé en
colline.
"Le couvent dItzmal, voué
à Saint Antoine, est terminé,
avec son cloître haut et bas, ses
dortoirs et son église, le tout
fait en maçonnerie et voûté
; il est construit sur un mul et on y
accède par un grand escalier. Pour
le construire on a un peu abaissé
le mul, après avoir auparavant
abattu une construction ancienne, magnifique,
en maçonnerie, avec des pierres
dune taille extraordinaire, monumentale,
placées en hauteur et très
bien travaillées, dans laquelle
(avant que le couvent soit entrepris)
les frères demeurèrent longtemps,
car il y avait des pièces pour
les cellules, les bureaux et léglise,
le tout très spacieux. Un frère
âgé et digne de foi affirmait
que lorsquon abattit cet édifice
il en sortit tant de chauve-souris quelles
détruisirent une étable
de gros bétail, où elles
allèrent sinstaller. Il y
a un jardin au-dessous du couvent, contenant
de nombreux avocatiers, goyaviers, pruniers,
orangers, sapotilliers, grenadiers, bananiers,
vignes et cocotiers, et trois ou quatre
arbres de ceux qui donnent lencens
local, quon appelle dans la langue
du pays pom et dans la langue mexicaine
copali, une résine médicinale
dont usaient les indiens pour les sacrifices
à leurs idoles, comme usent les
chrétiens de lencens, à
lautel, pour le sacrifice quils
offrent au vrai Dieu vivant. On y cultive
aussi de beaux légumes ; tout est
irrigué avec leau que lon
tire dune noria ; dans le village
les indiens ont de nombreux puits car
dans cette région leau est
accessible. Dans léglise
du couvent il y a une grande statue de
Notre-Dame pour laquelle les espagnols
et aussi les indiens ont beaucoup de dévotion
et ils viennent nombreux dire des neuvaines
devant cette statue quand ils sont malades.
A côté de léglise
il y a un bel abri de branchages (ramada)
et une chapelle pour les indiens, dans
un magnifique parvis, qui accueille quatre
autres chapelles, en chacun de ses angles.
Quatre religieux vivaient dans ce couvent
; le père commissaire leur rendit
visite et resta avec eux jusquau
samedi suivant. Les indiens des missions
de ce couvent sont tous des indiens mayas."
(Antonio de Ciudad Real, Tratado curioso
y docto de las grandezas de la Nueva España,
Vol II, Chap CXLV, p 332-333)
Izamal en 1899 (Field
Museum Library)
Les édifices mayas d'Izamal, vus
par Fray Bernardo de Lizana (1633) :
"L'île espagnole se peupla
de Carthaginois, et de ceux-ci se peupla
aussi Cuba, et ensuite cette contrée
(car eux seuls furent en état de
construire de si somptueux édifices
et de s'assujettir les nations), les communications
venant à manquer avec Carthage,
ces populations, avec le temps et le climat,
se changèrent en des gens rudes
et barbares.
Il existe, dans cette ville d'Ytzamal,
cinq pyramides sacrées ou collines
très élevées, entièrement
édifiées de pierre sèche,
avec leurs soutiens et contreforts, au
moyen desquels la pierre se dresse jusqu'en
haut ; mais on ne voit aucun édifice
en son entier aujourd'hui, quoiqu'il y
ait des traces et des vestiges de ce qu'ils
étaient, dans l'un d'entre eux
qui se trouve du côté du
midi. (...)
On y venait de toutes parts en pélerinage
; c'est pourquoi ils avaient fait aux
quatre vents quatre routes ou chaussées
qui s'étendaient à toutes
les extrémités du pays,
allant jusqu'à la terre de Tabasco,
de Guatémala et de Chiapa, de quoi
l'on voit encore aujourd'hui des restes
et des vestiges en beaucoup d'endroits.
(...)
Il y avait une autre pyramide, nommée
encore aujourd'hui par les naturels, Ppapp-Hol-Chac,
qui est la même où est fondé
actuellement le couvent de notre père
Saint François, et ce nom signifie
en castillan "Maison des Têtes
et des Éclairs" : car c'était
là que demeuraient les prêtres
des dieux, où on les respectait
et tenait pour seigneurs, d'où
ils châtiaient et récompensaient,
où on les servait avec l'obéissance
la plus entière." (Bernardo
de Lizana, Historia de Yucatán,
Devocionario de Nuestra Señora
de Izamal y Conquista Espiritual, chapitre
4, Valladolid, 1633, traduction : Charles
Etienne Brasseur de Bourbourg, Editions
Auguste Durand, Paris 1864)
Histoire Moderne
En 1975, le responsable mexicain chargé
de la distribution des terres fut accusé
à plusieurs reprises de corruption
politique. De nombreuses plaintes furent
envoyées d'Izamal vers Merida et
Mexico mais aucune suite ne leur fut donnée.
L'officier a été retrouvé
mort, enseveli sous un tas de pierres
dans le parc principal de la ville. Une
unité de l'armée mexicaine
occupa la ville après l'incident
pendant quelques jours. Les enquêteurs
ne trouvèrent personne dans la
ville qui fut au courant de ce qui avait
bien pu se passer.
Le pape Jean-Paul II vint en visite à
Izamal en août 1993 où il
tint une messe pour les Amérindiens
à qui il offrit une statue de la
Vierge avec une croix en argent.
Izamal aujourd'hui
La langue maya est au moins
autant parlé que l'espagnol à
Izamal. C'est la langue maternelle parlée
chez soi pour la majorité de la
population. La plupart des indications
sont dans les deux langages.